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L'expansion du terrorisme du Sahel vers les pays côtiers de la CEDEAO: cas de la Côte d'Ivoire

Soumis par EognDrup2018 le mar 01/03/2022 - 10:21

Publié le Mardi 1 mars 2022 - 10:21

« L’Afrique ne s’écrit pas au singulier. Ses diversités internes opposent une Afrique de l’Est qui décolle grâce à l’axe Éthiopie-Kenya-Tanzanie ; une Afrique de l’Ouest qui se structure autour du Nigéria, une Afrique Australe où l’Afrique du Sud connaît des turbulences, un Sahel durablement en crise et une Afrique centrale très chrysogène » (P. Chaigneau in SenseMaking juin 2019) cette pluralité africaine décrite si bien par le Professeur PascalCHAIGNEAU transcrit des réalités qui ne sont pas exclusives mais où s’intriquent des défis multiformes qui se jouent des frontières naturelles ou artificielles héritées de l’ère colonial. Défis contemporains auxquels n’échappe pas l’Afrique de l’Ouest, zone géographique du présent sujet de recherche.

L’Afrique de l’Ouest, dont la plupart des pays sont réunis au sein de la Communauté Economique Des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO-ECOWAS) fait partie des six régions de l’Union Africaine (UA). Depuis les indépendances, ce vaste ensemble géopolitique en construction et à la recherche d’une intégration reste caractérisé par une conflictualité persistante et permanente. Elle a vu la majorité de ses membres être confrontés à des crises socio politiques qui ont souvent débouché sur des guerres et des crises intra-Étatiques, créant ainsi de véritables foyers d’insécurité et par effet de contagion, des systèmes de conflits (Massaer 2008). Les nombreux mécanismes de prévention et de résolution de conflits mis en place, ainsi que le fort volontarisme des chefs d’État de la CEDEAO, ont jusque-là permis d’éviter des conflits interétatiques et de trouver des solutions à toutes ces crises. Toutefois, ces pays font face à de nombreux défis sécuritaires tels : la criminalité transfrontalière et transnationale, le blanchiment d’argent, la piraterie maritime, le trafic de drogues qui constituent de véritables entraves à leurs développements économiques et à la sécurité́ des populations.

A ces menaces traditionnelles sont venus s’ajouter, depuis la décennie 1990-2000, le radicalisme et l’extrémisme violent (le terrorisme) qui constituent des menaces majeures pour la paix et la sécurité mondiale dans ce XXIème siècle. Bien qu’étant une tactique ancienne utilisée depuis la nuit des temps dans le cadre des conflits asymétriques, le terrorisme contemporain diffère par son caractère global et complexe à la fois. En effet, autrefois localisé à certaines régions de la planète, ce phénomène touche aujourd’hui tous les continents. De plus, cette menace est devenue plus complexe du fait de son hybridation avec d’autres formes de violences et de pratiques sociétales (religion, croyances, rites, etc.). Il en résulte une difficulté apparente à cerner entièrement ce phénomène et à définir des stratégies de lutte appropriées. Le terrorisme et par conséquence « la guerre au terrorisme » apparaissent comme des concepts flous car il est impossible « d’établir des démarcations claires entre guerre et terrorisme, terrorisme d’État et terrorisme non Étatique, terrorisme et mouvements de libérations nationales, terrorisme national et international » (Deridda et al.2003).

En Afrique, les premières manifestations d’actes terroristes sont apparues dans les années 1990 lors de la guerre civile algérienne. Depuis cette époque, cette menace est allée grandissante sur le continent en général et dans la sous-région ouest-africaine en particulier, car favorisée par les fragilités communes aux pays en voie de développement. En réalité, du fait d’une absence de l’État dans les zones où elle a essaimé, le terrorisme n’a rencontré que très peu d’obstacles à son expansion. En Afrique de l’Ouest, principalement dans la bande sahélo-saharienne et dans le bassin du lac Tchad, nous assistons ainsi à une prolifération de ces groupes radicaux, à des attaques meurtrières contre les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), les populations et à la création de véritables zones grises dans plusieurs pays (Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, etc.).

La conséquence immédiate est une dégradation brutale de la sécurité, avec des atteintes directes à la vie de ces populations et des violations massives de leurs droits humains élémentaires. La situation est préoccupante, voir catastrophique dans certains pays de la sous-région ouest africaine. Pour l’année 2020, ce sont près de 921 000 personnes qui ont été contraintes de fuir au Burkina Faso, 489 000 personnes au Niger et 7,7 millions de personnes qui auront besoin d'une aide d'urgence en 2020 au Nigeria (ONU 2020).

Malgré l’important engagement des forces aussi bien nationales qu’internationales, les lignes de front de ces mouvements terroristes se multiplient. A ce jour, en dehors des opérations nationales, coexistent dans le sahel plus de quatre opérations multinationales (Barkhane, MINUSMA, force G5- Sahel, etc.) qui peinent à enrayer cette dynamique.

Plus inquiétant, les Groupes Armés Terroristes (GAT) ont réussi à étendre leurs zones d’opération dans le Sud des pays sahéliens et menacent désormais directement les parties Nord des pays côtiers. En effet, le Mali et le Burkina Faso ont vu l’émergence de groupes djihadistes dans leur partie Sud et y ont déjà subi plusieurs attaques. Ces pays font frontière avec les pays côtiers tels la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Bénin, le Togo. Pour ce qui concerne la Côte d’Ivoire, objet de la présente étude, elle partage 1116 km avec ces deux pays, dont 532 km avec le Mali et 584 km avec le Burkina Faso. Les attaques de Fakola et Misseni en 2015 au Mali, puis celles qui ont cours dans la région de la Comoé au Burkina Faso depuis 2019 ont eu lieu à moins de 100 kilomètres des frontières Nord de la Côte d’Ivoire.

La première réelle expérience terroriste sur le sol ivoirien a eu lieu le 13 mars 2016 dans la ville balnéaire de Grand Bassam, avec une attaque menée par trois assaillants sur les plages et hôtels en bordure de la mer. Malgré cette attaque, l’opinion publique ne semblait pas prendre au sérieux une menace de l’ampleur de celle que connaissent les pays sahéliens. Cependant les attaques répétées de 

Kafolo des 11 juin 2020 et 29 mars 2021 et celle de Kolobougou contre des positions militaires à la frontière avec le Burkina Faso, sont venues remettre en cause cette croyance que la Côte d’Ivoire serait épargnée par cette guerre aveugle de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

Les probabilités sont désormais grandes de voir cette menace tenter de s’implanter durablement sur le territoire national et cette inquiétude est partagée par tous les pays côtiers de la CEDEAO. En effet, selon un rapport de International Crisis Group, « l’expansion des militants islamistes au Sahel, en particulier au Burkina Faso, préoccupe de plus en plus les États côtiers d'Afrique de l'Ouest. Leurs dirigeants craignent que les militants ne puissent utiliser le Burkina comme rampe de lancement pour des opérations plus au sud. ». Cette crainte a été récemment confirmée par Bernard EMIE le patron de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) française qui a affirmé, lundi 1er février 2021, que les chefs d’Al-Qaïda au Sahel avaient un « projet d’expansion vers les pays du golfe de Guinée », notamment en Côte d’Ivoire et au Bénin. Pour étayer ses propos, il a révélé la tenue d’un rassemblement qui s’était tenu dans le centre du Mali en février2020 entre les plus hauts responsables djihadistes de la région où ils auraient conçu leur projet d’expansion vers les pays du golfe de Guinée (Jeune Afrique, 2021). Propos clairement confirmés par la double attaque de la nuit du 29 mars 2021 contre deux positions fixes des FDS à Kafolo et Kolobougou.

Il s’agit désormais de s’interroger sur l’existence d’une réelle stratégie d’expansion du terrorisme des pays de la Bande Sahélo-Saharienne (BSS) à ces pays côtiers au regard des objectifs, des motivations et des capacités de ces groupes terroristes. Cela est d’autant plus important, que cette réflexion contribuera à enrichir les stratégies des pays côtiers dans la définition de réponses adaptées mais surtout communes à toute la sous-région ouest africaine. Cette approche concertée pourrait permettre de prévenir et d’éloigner le spectre d’une crise djihadiste générale en l’Afrique de l’Ouest.

Ces réponses communes, sous l’égide de la CEDEAO et en coordination avec les partenaires internationaux, visent à une meilleure implication de tous pays de la sous-région et à une rationalisation des moyens. Ces GAT se jouent en effet, des incohérences et des manques de coordination entre les nombreuses initiatives nationales et multinationales, qualifiées souvent « d’embouteillages sécuritaires ». De même, toutes ces initiatives devront, au-delà du « tout- sécuritaire », adopter une approche holistique se focalisant surtout sur la prévention de l’extrémisme violent. Cela passe par la prise en compte des préoccupations des populations et par la résolution des causes profondes de ce fléau néfaste.

Aussi ce mémoire se propose d’analyser la réalité de l’expansion de la menace terroriste de la bande sahélo-saharienne vers les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, plus particulièrement à travers l’expérience de la Côte d’Ivoire. Pour ce faire, il est organisé en trois chapitres à travers lesquels, il tentera de répondre à la problématique en s’attelant successivement à une présentation de l’environnement sous régionale, puis essaiera de mettre en lumière la dynamique de ces groupes terroristes et enfin soumettra des propositions visant à prévenir d’une contagion générale de la radicalisation et de l’extrémisme violent la sous-région ouest africaine et à y instaurer et y maintenir une zone de paix, de stabilité et de sécurité durable.

 

Introduction du mémoire "L'expansion du terrorisme du Sahel vers les pays côtiers de la CEDEAO: cas de la Côte d'Ivoire", réalisé par M. Moustapha DIABY, auditeur de la 7ème promotion du MBAsp Management de la sécurité.

Pour en savoir davantage sur cette formation dédiée aux cadres supérieurs expérimentés : www.mba-securite-eogn.fr .

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